
I - Les Vierges de Vladimir (1130 et env. 1400)

Cadeau du patriarche de Constantinople au grand prince de Kiev en 1130, la "première" Vierge de Vladimir a traversé toutes les épreuves du peuple russe dont elle est le talisman. Depuis 1930, elle réside à la galerie Tretiakov, et retrouve chaque année sa place traditionnelle sur l'iconostase de la Cathédrale de la Dormition, au Kremlin. Une copie de ce modèle, exécutée autour de l'an 1400, se trouve au Musée de Vladimir-Suzdal. Cette seconde Icône nous permet d'aborder une nouvelle discipline, la Géométrie Comparée, de façon particulièrement didactique. En effet, l'étude comparée de la composition géométrique de nombreuses oeuvres établit des constantes. Ces figures géométriques sont la base des oeuvres sacrées, dont elles dirigent la composition. La précision graphique de ces lignes permet la mesure de valeurs numériques, selon un quadrillage, qui ouvre au langage de l'interprétation.
La Vierge de Vladimir - env. 1400 - 102.2 × 69.5 cm
Musée de Vladimir-Suzdal - Russie
(pour en savoir plus)

Nous allons étudier cette seconde Vierge, datant des années 1400. Elle pourrait être de la main d'Andreï Rublev ? La Géométrie Comparée sera une aide précieuse quant à résoudre cette question toujours en suspens...

II - Les géométries

La
composition de tableau fait intervenir deux types de géométrie. Les règles mathématiques sont les mêmes, en terme de vérité, et sont celles de la "géométrie descriptive". La plus connue de ces deux pratiques est la
Perspective, qui est l'art de représenter le réel tel qu'il est sans se tromper. Cette discipline chère aux architectes ne présume pas du sens symbolique des figures qu'elle emploie. C'est une pratique neutre, objective, qui peut servir efficacement la volonté de l'artiste ou de l'architecte. La perspective s'est imposée comme système de composition, parallèlement à l'imprimerie, face à un autre système qui se servait des mêmes formes, mais les organisait d'une façon tout à fait différente : la Géométrie Sacrée. Cette ancienne culture ne respecte pas la perspective et sa représentation fidèle du réel. Elle attribue aux formes un sens symbolique qui fait partie de leur identité. La mesure de ces formes sur à un quadrillage permet de révéler cette identité et ouvre ainsi la porte du langage humain. Les Anciens n'ignoraient pas la perspective, ils pratiquaient un langage géométrique qu'ils considéraient comme divin, donc idéaliste, avant que le système perspectif nous fasse oublier le sens de cette géométrie par une pratique purement matérialiste.

La logique de proportions est une des rares approches qui fasse référence à la Géométrie Sacrée, mais elle est erronée. Le système de composition de l'Art Sacré ne se résume pas à une banale histoire de "canons". C'est oublier l'organisation des formes entre elles. Un système n'est pas une somme de figures mais une structure complexe. L'étude de cette complexité par la Géométrie Comparée permet de relier entre elles des époques, des cultures qui n'ont apparemment aucun rapport. L'analyse montre en effet que ces écoles partageaient un même savoir, une même intuition du Monde. Depuis l'Égypte jusqu'à Dürer, en passant par les Celtes d'Irlande et les écoles russes de Novgorod et de Moscou...
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